Team building nautique : quelle activité choisir selon l’objectif de votre groupe ?
Christophe CARBONNIÈRES, gérant du club nautique Les Voiles Royales
« On voudrait faire un team building nautique. Vous nous conseillez quoi ? »
La question revient souvent. Et, généralement, elle est suivie d’une petite liste : catamaran, paddle, kayak, wingfoil… « Qu’est-ce qui marche le mieux ? »
Ma réponse est rarement celle qu’on attend : ça dépend de ce que vous voulez faire vivre à votre équipe.
Parce qu’un groupe de 25 personnes qui travaille ensemble depuis dix ans n’a pas les mêmes besoins qu’une équipe qui vient d’être recomposée. Une équipe commerciale qui sort de six mois sous pression n’a peut-être pas très envie qu’on lui colle un classement supplémentaire. Et des collaborateurs qui se connaissent à peine ? Les mettre immédiatement en compétition n’est pas forcément l’idée du siècle.
Chez Les Voiles Royales, à La Baule, on commence donc par le groupe. Le bateau vient après.

Commencer par l’objectif, pas par l’activité
Avant de choisir entre paddle et catamaran, il faut savoir ce que l’on cherche. Créer du lien ? Challenger ? Faire souffler l’équipe ? Mieux coopérer ? Les réponses conduisent à des expériences très différentes.
Aucune activité nautique ne fabrique de la cohésion par magie. C’est la façon dont on l’organise qui compte.
Quand on échange avec une entreprise, je cherche donc à comprendre quatre choses :
Ce qu’elle veut provoquer ou faire évoluer
Si les participants se connaissent déjà bien
Jusqu’où elle souhaite les challenger physiquement ou techniquement
Quelle place elle veut donner à la coopération ou à la compétition
Et puis il y a une question très terre à terre : combien êtes-vous ?
Une activité idéale à huit ne fonctionne pas forcément de la même façon à 30 ou 50 participants. Il faut penser aux rotations, au temps réellement passé à pratiquer et surtout éviter le scénario classique : dix personnes s’amusent pendant que vingt autres regardent.
Pour simplifier, j’aime bien regarder deux curseurs : l’interdépendance et l’exposition individuelle.
Faible exposition | Forte exposition | |
Forte interdépendance | Catamaran encadré, kayak en équipage | Régate, challenge collectif |
Faible interdépendance | Paddle, navigation loisir | Wingfoil, planche à voile, ski nautique |
Dit autrement : est-ce que j’ai besoin des autres pour réussir ? Et est-ce que je vais devoir beaucoup me mettre personnellement en jeu ?
Ça change déjà pas mal de choses.
Quelle activité pour renforcer la cohésion ?
Pour travailler la cohésion, je cherche une activité dans laquelle les participants ont réellement besoin les uns des autres. Pas simplement une activité qu’ils pratiquent au même endroit au même moment.
La nuance est importante. Prenons le catamaran.
Au départ, chacun peut avoir tendance à faire son petit truc. Puis il faut manœuvrer. Quelqu’un observe, un autre agit, il faut transmettre une information, se synchroniser… Et là, surprise : si chacun joue perso, ça fonctionne nettement moins bien.
C’est cette interdépendance qui m’intéresse.
Le kayak en équipage ou certains challenges collectifs permettent de créer la même mécanique. L’objectif n’est pas de décréter : « Aujourd’hui, nous allons renforcer notre cohésion ». Heureusement.
On crée plutôt une situation dans laquelle coopérer devient naturellement utile.
Cette logique rejoint ce que montre une méta-analyse portant sur 51 études, 72 interventions et 8 439 participants : les interventions consacrées au travail en équipe peuvent améliorer les comportements collectifs et la performance, mais leur conception compte.
Bref : mettre huit collègues sur l’eau, ce n’est pas encore du team building. Ce qu’on leur demande d’y faire ensemble, oui.
Quelle activité pour mieux communiquer et se coordonner ?
Pour travailler la coordination, j’aime les activités où une consigne floue se paie immédiatement. Pas dans trois réunions. Tout de suite.
La voile est assez efficace pour ça : il faut regarder, transmettre l’information, prendre une décision puis agir ensemble.
Sur un catamaran, certaines questions arrivent toutes seules.
Qui regarde ce qui se passe ? Qui donne l’information ? Qui décide ? Et surtout : est-ce que les autres ont compris la même chose ?
Pas besoin de PowerPoint sur « les clés d’une communication efficace ». Le bateau se charge du rappel.
La régate pousse cette logique un cran plus loin. Il y a un objectif, des décisions à prendre et un résultat visible.
Avec une équipe qui aime le jeu et le challenge, l’engagement peut monter très vite.
Quelle activité pour casser les habitudes d’une équipe ?
Pour faire bouger les rôles, une activité nouvelle peut être très intéressante. Soudain, les expertises professionnelles habituelles ne servent plus à grand-chose.
Le directeur peut être complètement débutant. Le collaborateur habituellement discret peut comprendre le geste avant tout le monde.
Et ça, forcément, change un peu la photo de famille.
La planche à voile ou le wingfoil peuvent bien fonctionner dans cette logique. On apprend, on rate, on recommence.
Certains demandent immédiatement conseil. D’autres observent. D’autres encore se mettent spontanément à aider leur voisin. Ce sont ces réactions qui m’intéressent.
Attention, toutefois. Il y a une différence entre sortir légèrement de ses habitudes et placer quelqu’un en difficulté devant 25 collègues.
Le deuxième n’est pas une version plus ambitieuse du premier.
Quelle activité pour une équipe qui se connaît encore peu ?
Avec une équipe récente, je privilégie généralement une activité accessible. L’objectif n’est pas de découvrir dès le premier séminaire qui est le meilleur sportif du service comptabilité.
Il faut d’abord permettre aux gens d’échanger et de participer sans avoir l’impression de passer un examen.
Paddle, kayak, catamaran encadré… Plusieurs formats s’y prêtent.
Et il y a un détail à ne surtout pas oublier : tout le monde n’a pas le même rapport au sport ni à l’eau.
Dans un groupe de 30 personnes, certains vont vouloir partir les premiers. D’autres vont demander discrètement : « Euh… il faut savoir nager combien de kilomètres exactement ? »
C’est normal.
Le bon format n’est donc pas forcément celui qui enthousiasmera les trois plus sportifs. C’est celui qui permettra aussi aux moins à l’aise de participer sans devenir spectateurs.
Cette vigilance rejoint les travaux d’Amy Edmondson sur la sécurité psychologique : dans un groupe, pouvoir demander de l’aide ou reconnaître une difficulté sans craindre d’être dévalorisé compte.
« Sortir de sa zone de confort », donc ? Oui, éventuellement. Mais pas la catapulter à trois kilomètres.
Quand choisir la compétition et la régate ?
Une régate peut être formidable avec une équipe qui aime déjà se challenger. Il y a des règles, un objectif, un peu de stratégie et, évidemment, quelqu’un qui finit par demander très sérieusement : « Mais qui est devant, là ? »
Le jeu prend.
Avec un collectif déjà solide, cette compétition peut créer beaucoup d’engagement et faire apparaître très vite les façons de décider, de communiquer ou de réagir lorsqu’un plan ne fonctionne pas.
Mais je ne prescris pas la régate à tout le monde.
Imaginez une équipe commerciale qui vient de vivre six mois avec objectifs mensuels, tableaux de résultats et classements. Lui annoncer le vendredi matin : « Bonne nouvelle, maintenant on va aussi vous classer sur des bateaux ! » n’est peut-être pas exactement la respiration attendue.
La compétition est un outil. Pas une obligation.
Et si l’objectif était simplement de passer un bon moment ?
Oui, c’est autorisé.
Un team building n’a pas forcément besoin de révéler des « enseignements managériaux puissants » à 17 h 30. Parfois, une entreprise veut remercier son équipe.
Ou permettre à tout le monde de souffler après une grosse période.
Dans ce cas, pourquoi compliquer les choses ?
Une navigation, une sortie en paddle ou une activité nautique pratiquée simplement pour le plaisir peuvent parfaitement faire le travail. L’objectif devient alors l’expérience partagée, pas la performance.
On a parfois tendance à vouloir donner une fonction RH à chaque minute passée ensemble. Personnellement, je trouve ça dommage.
Passer un bon moment entre collègues est déjà un objectif valable.
Le débrief est-il vraiment utile après l’activité ?
Si l’objectif est uniquement de se détendre, pas forcément. Si l’entreprise cherche réellement à travailler quelque chose dans le fonctionnement du groupe, en revanche, revenir sur ce qui vient de se passer peut être très utile.
L’idée n’est pas de transformer la plage en salle de formation. Il s’agit simplement de mettre quelques mots sur l’expérience.
Une méta-analyse portant sur 46 échantillons et 2 136 participants conclut que les équipes bénéficiant d’un débrief structuré obtiennent de meilleures performances que des groupes comparables sans débrief. Les auteurs évaluent l’amélioration moyenne à environ 20 à 25 %, tous contextes étudiés confondus.
Attention : cela ne signifie évidemment pas qu’un débrief après une régate rendra votre équipe 25 % plus performante lundi matin.
Ce serait pratique. Mais non.
L’enseignement intéressant est ailleurs : revenir sur une expérience collective aide à en tirer davantage.
Et nul besoin d’y passer deux heures. Quelques questions peuvent suffire : à quel moment est-ce que ça a commencé à fonctionner ? Qu’est-ce qui nous a ralentis ? Qui a spontanément pris quel rôle ? Qu’a-t-on changé quand notre première idée ne marchait pas ?
L’activité fournit la matière. Ensuite, on regarde ce qu’on en fait.
FAQ
Quelle est la meilleure activité nautique pour un team building ?
Il n’y en a pas. Le bon choix dépend de l’objectif du groupe, de la façon dont les participants se connaissent, de leur aisance et du niveau de challenge recherché.
Pour travailler la coopération, par exemple, mieux vaut regarder le degré d’interdépendance créé par l’activité que son côté spectaculaire.
Le catamaran est-il adapté à la cohésion d’équipe ?
Oui, lorsqu’il oblige réellement les participants à se coordonner et à répartir les rôles. Mettre plusieurs collègues sur un bateau ne crée pas automatiquement de la cohésion : c’est le scénario de l’activité qui fait la différence.
Faut-il forcément organiser une compétition ?
Non. La régate fonctionne très bien avec certains groupes et beaucoup moins avec d’autres.
Une équipe déjà soumise à une forte pression professionnelle peut avoir davantage besoin de coopération, de découverte ou simplement de détente.
Quelle activité choisir pour un groupe peu sportif ?
Paddle, kayak et certaines navigations encadrées permettent d’adapter facilement le niveau d’engagement. Le critère essentiel est que les moins sportifs puissent réellement participer sans que toute l’activité soit calibrée sur les plus à l’aise.
Un team building nautique convient-il à une équipe qui se connaît peu ?
Oui. Dans ce cas, mieux vaut commencer par une expérience accessible et peu exposante, qui facilite les échanges sans mettre immédiatement les participants en concurrence ou en difficulté.
Faut-il prévoir un débrief ?
Seulement s’il sert l’objectif. Pour un team building avec une vraie intention managériale, quelques questions bien choisies peuvent aider le groupe à relire ce qui s’est passé.
Pour une journée de récompense ou de détente, inutile de chercher absolument une morale à l’histoire.





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